Le privilège de la table

Pas facile de devenir le chef de l’Hôtel Royal à Evian, palace historique et somptueux, écrasant de beauté et d’élégance dans son parc de 19 hectares qui surplombe le lac Léman. Un défi que relève avec courage et talent le chef Patrice Vander Stichelen.

L’Hôtel Royal, à l’image du Léman qui le borde, reste immuable depuis 100 ans dans sa splendeur originelle. Extérieur/intérieur, accueil/service, décor des salles et des chambres, arbres et jardins, calme et détente, respiration/inspiration d’une nature certes domptée mais tellement en repos avec nous et avec elle-même, tout ici respire le charme en une sorte de chic éternel comme seule la France et ses grands monuments de l’hôtellerie savent en garder l’essence. Il fût longtemps l’hôtel des rois et des princes, il est aujourd’hui un des derniers palaces qui mérite le nom de « royal ».

Terroir Parisien

Retour à la terre pour Yannick Alléno. L’homme au firmament des étoiles et de la notoriété se retourne vers ses racines, son « terroir » (il est né à Puteaux), part à la recherche des derniers producteurs seuls survivants d’une ancienne richesse et d’une diversité de produits unique à l’Île de France. L’incroyable est qu’il en a trouvé et des bons ! Cultivateurs, producteurs de fruits, de légumes, dernier éleveur de moutons en Seine & Marne, charcutier à l’ancienne pour le vrai jambon de Paris, et bien d’autre encore. Il s’est engagé à travailler avec eux, prendre une partie de leurs productions pour créer l’année dernière un menu spécial « Terroir Parisien » au Meurice, à un prix plus qu’abordable selon les critères du palace parisien. Un festival de recettes traditionnelles parisiennes revisitées par le génie créateur du chef. Plus qu’un hommage : la résurrection d’une culture, d’une identité et d’un savoir faire de passionnés.

Nicolas Rucheton, l’Arty Chef !

Il y a ceux qui tiennent le devant de la scène et qui font tout pour : les Meurice, George V, et autres Plaza. Puis, les adresses cachées, presque anonymes, une sorte de charme discret de la bourgeoisie. On s’attend à voir Deneuve ou Lonsdale s’installer dans ce délicieux boudoir aux allures de bonbonnières bariolées. La nouvelle salle est pimpante, élégante, rajeunie, avec une touche « arty » grâce à la bibliothèque, l’ensemble jouant le contraste par rapport au bâtiment cossu. L’endroit idéal pour hommes d’affaires à midi et amoureux le soir. Emmanuel Briat gère le restaurant d’une main remarquable de gentillesse et de professionnalisme. Il présente une carte des vins intelligemment sélectionnée dans toutes les régions à des prix, ô surprise, très raisonnable. Aussi passionné de vins que de bons produits, il sélectionne également quelques pépites comme le Saint-Marcellin de la mère Richard à Lyon, les chèvres de Monsieur Fabre, ou les langoustines arrivées vivantes d’Ecosse. Avec tout le chef Nicolas Rucheton, jeune et discret, change sa carte toutes les six semaines et s’applique à faire de son mieux.