Le bel endormi de la Principauté

Il a fait la fortune de la Principauté, servi d’écrin à James Bond dans « Jamais plus jamais » ou « Goldeneye ». Aujourd’hui, il ne reste du Casino de Monte-Carlo que le faste suranné d’un somptueux bâtiment Belle Epoque, qui peine à trouver un second souffle.

En cette mi-19ème siècle, il n’existe à Monaco qu’un petit salon de jeux sans envergure. Le prince Charles III veut attirer la clientèle fortunée qui raffole de la Côte d’Azur. Il va s’en donner les moyens en demandant à Charles Garnier, alors en pleine construction de l’Opéra de Paris, de lui bâtir un casino. Garnier atermoie : il aime Monaco dont il est voisin (il habite à l’époque Bordighera, sur la Riviera italienne) mais est engagé dans la construction de l’Opéra de Paris. L’architecte va se faire pratiquement enlever par les monégasques pour ce « petit chantier » avec la promesse d’être payé sur l’heure et de pouvoir très vite retourner à Paris, argent en poche, finir son grand œuvre pour lequel, en revanche, les paiements trainent. L’affaire est faite et l’édifice sera réalisé en un temps record. Le casino est inauguré en grande pompe en 1865.

Mais en ces temps là, les routes sont difficiles, tracées sur d’anciens sentiers muletiers, et on vient plus facilement à Monaco en bateau que par voie de terre. L’achèvement de la ligne de chemin de fer Nice-Vintimille et la construction de la gare de Monte Carlo, trois ans après l’ouverture du casino, vont faire exploser sa fréquentation. On se précipite en train de France et d’Italie, et la légende dit que s’il y a une immense pendule dans chaque salle de jeu, c’est afin que les joueurs ne ratent pas le dernier train.

Le marchand d’armes et la « cocotte » prémonitoire

Grace à ces joueurs étrangers, la fortune du Rocher est faite. Les monégasques, eux, n’ont tout simplement pas le droit de jouer sur leur territoire, depuis une loi de 1863, toujours en vigueur. Dans sa sagesse financière, le souverain l’a interdit pour empêcher que les croupiers, obligatoirement monégasques, ne se trouvent face à des amis ou des proches, et, surtout, pour éviter à ses sujets de se ruiner ! Appliquant en ce domaine le mot attribué au marchand d’armes Basil Zaharrof, un temps actionnaire du casino, auquel une « cocotte » demandait comment gagner au jeu, et qui aurait répondu « en n’y jouant pas, madame. »

Autour du Casino et de l’hôtel de Paris se bâtit alors de toutes pièces un quartier voué au luxe et à la villégiature des fortunés, qui connaît un immense succès. Le prince Charles III en est si fier qu’il rebaptisera cet ancien quartier des Spélugues « Monte Carlo », de son propre nom (Mont Charles, en italien). Et dans la foulée, il abolit toute levée d’impôt à Monaco. En quelques années, le casino rendra Charles III richissime, une richesse que ses successeurs sauront décupler par les opérations de spéculation immobilière, puis bancaire et financière.

Heureusement pour l’état, car aujourd’hui le casino est à la peine, sa clientèle- cible  de « high rollers » (très gros joueurs) et son positionnement très haut de gamme ne font plus le poids face aux autres grands établissements qui tablent sur le jeu de masse. L’installation de nombreuses et vulgaires machines à sous pour les « fun players » n’a pas encore trouvé suffisamment de public, impressionné, peut être, par les fresques, les ors et les lustres en cristal de Bohème des grands salons.

Car ce sont les joueurs occasionnels qui font désormais « tourner la machine » et que l’on attire, en leur permettant, moyennant dix euros, de venir simplement boire un verre… tant qu’ils respectent un dress code qui bannit notamment « les tongs et les jeans troués » fussent-ils siglés. L’établissement multiplie aussi les évènements – diners d’exception, installations éphémères, combats de boxe, tournois de poker haut de gamme ou tournoi de roulette à un million de dollars – pour confirmer sa timide relance. Depuis six ans la Société des Bains de Mer (SBM), société gestionnaire, n’a pratiquement pas versé un sou à l’état monégasque. Au mieux, un centime par action entre 2010 et 2013, zéro sur les trois derniers exercices, et le résultat opérationnel des jeux a été négatif six ans sur sept. L’établissement  ne génère plus aujourd’hui qu’une infime partie des revenus de la famille Grimaldi, toujours abondés par le jack-pot immobilier.

Cette dernière année a été contrastée pour le Casino, qui a, en même temps, été élu par ses pairs meilleur casino 2020, a reçu un lifting qui devait être achevé à Pâques … et s’est fait escroquer 7,7 millions d’euros par un joueur qui, pour apurer sa dette de jeu, a laissé un chèque en blanc qui s’est avéré en bois.

Casino de Monte Carlo
Société des Bains de Mer de Monaco : +377 98 06 21 21
Site Web : https://www.montecarlosbm.com/en
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