Alain Teulié : Écrire, c’est éviter les « prisons » !

Tour à tour homme de théâtre, journaliste, dramaturge et écrivain, Alain Teulié est tel un électron libre, pudique et sensible, qui a les mots vissés au corps. Ses sujets sont vastes et pour lui la normalité n’existe pas. A quelques jours de la rentrée littéraire, l’auteur nous parle de son huitième roman « Stella Finzi » (Robert Laffont), l’histoire de Vincent un anti-bobo qui n’aime que la beauté. Il va rencontrer Stella qui jettera son dévolu sur lui… Cela ne fait pas de doute, cet ouvrage fera parler de lui.

Instagram : @alainteulie

LCV Magazine : Qu’est-ce qui vous a inspiré ce nouveau roman ?

Alain Teulié : Un séjour à Rome, il y a tout juste un an. La ville, son histoire, ses couleurs, ses mystères. Je voulais qu’elle soit l’un des personnages de mon prochain livre. Puis, en rentrant à Paris, j’ai dessiné le scénario d’une femme qui serait prête à tout pour conquérir un homme. C’était l’idée de départ. Une manipulation sentimentale dans l’élégance, dont l’arme principale serait l’intelligence. Le charme fou d’un esprit. Et peu à peu est née Stella Finzi…

LCV Magazine : Qui est Stella Finzi ?

Alain Teulié : Une héritière, orpheline depuis peu. La nature n’a pas gâté son visage. Ceux qui la regarde sont embarrassés. Surtout Vincent, le narrateur, sur lequel elle va jeter son dévolu. Stella est une esthète. Ne se sachant pas belle, son âme se bat de toutes les armes possibles pour plaire, et aussi pour orchestrer sa vie et celle de l’homme qui lui plait. En écrivant, je la découvrais. Maintenant que le livre arrive dans les librairies, j’ai la nette impression qu’elle est à Rome, dans le quartier Monti, vivant et revivant ces moments sombres ou lumineux qu’elle semble m’avoir dictés. 

LCV Magazine : Quels sont vos rituels d’écriture ?

Alain Teulié : Écrire tôt. Dès cinq ou six heures. Quand tout est encore à créer. Quand la journée n’a pas encore d’identité. D’abord dans le lit dans lequel j’ai dormi, abreuvé de café, puis la matinée se partage comme un fruit, je me prépare, je sors, et je trouve un café propice, une terrasse ou un intérieur qui se prête au jeu de l’histoire qui veut exister. Stella Finzi, je l’ai d’abord rédigé dans quatre cahiers, l’été dernier. Puis, mois après mois, taper sur ordinateur l’a modifié, sculpté, simplifié. La littérature est une alchimie. Lente, patiente. Les mots sont au service du conte. Un roman commence toujours par « Il était une fois… »

LCV Magazine : Vous m’avez confié que c’était votre ouvrage le plus abouti, qu’est-ce qui vous donne cette sensation ?

Alain Teulié : Les thèmes abordés, sans doute. L’amour fou, le désir étrange, la beauté consolatrice, la laideur qui se fait oublier par des actes, la puissance absolvante de la musique. La main de l’ange qui vient sauver celle ou celui qui pensait que tout était perdu, achevé. Et les deux protagonistes, Stella et Vincent. Leur manière de se jeter l’un contre l’autre, un jour, pour que plus rien, jamais, ne soit perdu. Pour que rien jamais ne soit jamais achevé.

 LCV Magazine : Le métier d’écrivain se résume-t-il pour vous à un travail solitaire ?

Alain Teulié : Oh non. Un livre est la somme des notes prises en amont, mais aussi des rencontres, des discussions, des aides incroyables qui nous sont apportées lorsque l’histoire qui naît veut tellement être racontée. D’ailleurs, ce roman est dédié et il remercie à la fin en toute lettres des personnes sans lesquelles il n’existerait pas. Un roman, c’est un enfant, et quelle que soit son histoire, il a toujours des parents.

LCV Magazine : D’où vous est venue l’idée ou l’envie d’écrire des romans et autres pièces de théâtre ?

Alain Teulié : De l’enfance, justement. Des premières lectures, dans lesquelles, soudain, les mots devenaient des choses, des êtres, des paysages. Ce pouvoir évocateur des mots m’a aussitôt subjugué. Et ils continuent d’exercer sur moi leur pouvoir de fascination et d’excitation. Les mots, ce sont des notes, et sur la partition du roman, ils sont capables de tous les chants. 

LCV Magazine : Quelle est la chose vous concernant dont vous êtes le plus certain ?

Alain Teulié : Que de devenir écrivain a été le meilleur alibi que j’ai trouvé à mes peurs, puisque le livre passe finalement pour une preuve de courage. Ce tour de passe-passe qui transforme nos fuites en réussites est une belle ironie. Mais c’est parfois en contournant l’obstacle que l’on voit qu’il n’avait pas envie d’être franchi.  

LCV Magazine : Vous définiriez vous comme un raconteur d’histoires ?Alain Teulié : Exactement. Si ce n’est qu’il faut au préalable les inventer (rire). 

LCV Magazine : Qui est Alain Teulié lorsqu’il n’est pas derrière son ordinateur ?

Alain Teulié : Un vague ah bon. 

LCV Magazine : Êtes-vous un grand lecteur ? 

Alain Teulié : Grand serait prétentieux car en lisant les auteurs que j’aime, je me sens petit. Nabokov, Moravia, Fitzgerald, tant d’autres… Ils sont des lumières vives qui guident entre deux livres, comme les phares saluent les navires qui partent et qui arrivent aux ports. 

LCV Magazine : Quels sont les livres qui vous ont façonné et/ou donné l’envie d’écrire à votre tour ? 

Alain Teulié : Tendre est la nuit, Michel Strogoff, Les enfants terribles, La vraie vie de Sebastian Knight. Mais la liste serait aussi longue que si l’on demande : qu’est-ce qui a façonné en vous l’envie d’aimer ?

LCV Magazine : Et quels sont ceux qui vous accompagnent aujourd’hui ? 

Alain Teulié : Les mêmes, car avec le temps, des scènes ou des réflexions semblent apparaître dans les romans. Nous sommes autant lecteurs d’un livre que nous sommes lus par lui. 

LCV Magazine : Écrire est une manière de s’évader, mais quelle est votre rapport à la réalité ?

Alain Teulié : C’est un rapport de police : la réalité m’interroge dans sa langue, mais je ne sais répondre que dans la mienne. Chacun a sa façon d’éviter les prisons. 

LCV Magazine : À quoi sert aujourd’hui la littérature, selon vous ?

Alain Teulié : À voir la magie sous les apparences. À sentir que l’on est toutes et tous des réceptacles de sensations dans ce voyage qui nous emmène Dieu sait où. 

LCV Magazine :

Vos projets pour les mois à venir ?

Alain Teulié : Venir à bout d’autres projets, car nos mois sont infinis.

Propos recueillis par : Carole Schmitz

@alainteulie @robert_laffont

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