« La tête en friche », une merveille dialoguée par Jean-Loup Dabadie

Adapté du roman de Marie-Sabine Roger portant le même titre, le film La Tête en friche est sorti en 2010. Avec Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Maurane… il est disponible sur la plateforme Netflix.com. Nous en reparlons aujourd’hui, afin de souligner la beauté de ce film auquel avait participé Jean-Loup Dabadie, mort le 24 mai à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e), à l’âge de 81 ans. Journaliste, écrivain, auteur prolifique, scénariste, mais aussi traducteur, il avait le don de ciseler les dialogues, qu’il imprégnait de vie vraie, intense, certainement enrichis d’une grande capacité d’observation du monde qui l’entourait.

Dans ce film « gourmandise », à voir et revoir, Gérard Depardieu campe le personnage de Germain, 45 ans, quasi illettré (mais pas analphabète), une pâte sensible, un homme maltraité depuis toujours par sa mère (flashbacks à l’appui) qui lui reproche entre les lignes (ou pas) d’être né… Il vit pourtant à quelques mètre de la maison familiale, installé dans une caravane plantée au fond du jardin, au bout du potager. En outre, son inculture lui fait subir railleries et moqueries de la part son entourage amical, au bistrot du coin, et s’il semble exercer son métier de jardinier avec une passion immuable, il n’en demeure pas moins blessé à chaque pique qu’il reçoit en plein coeur. Sensibilité exacerbée des âmes malmenées… Comme si ces coups réveillaient systématiquement la vieille blessure ouverte par le manque d’affection maternelle.

Amoureux d’Annette, conductrice de bus, avec laquelle il file un amour simple, sincère, il fait un jour la connaissance de Margueritte, sur le banc d’un parc municipal où il a l’habitude de s’asseoir pour compter les pigeons. Intellectuelle, scientifique (on l’apprend plus tard), elle lui propose de lire ses livres à haute voix, afin de se sentir moins ridicule que si elle le faisait seule, à la cantonade et devant les badauds. Ainsi, au fil de la Peste de Camus ou de la Promesse de l’aube de Romain Gary, une relation amicale surgit. En suivront d’autres événements qui confirmeront un attachement incontestable entre eux, une complicité transgénérationnelle. Le miracle de l’humanité qui se faufile.

Le réalisateur Jean Becker démontre une fois de plus sa capacité à saisir les êtres dans toute leur complexité, et de les porter dans la lumière, dans une version brute et sublime. Le film est sous-tendu par les dialogues enlevés, ancrés dans le réel, merveilleusement composés par Jean-Loup Dabadie. L’ensemble cristallisé par Gérard Depardieu, qui insuffle une telle grâce dans ce bonhomme au destin banal, est si crédible. Et Gisèle Casadesus, s’impose avec élégance, frèle et lucide, pétillante d’intelligence et de sagesse, bienveillante à croquer, esquivant les maladresses de son ami gigantesque, ostensiblement fragile sous son écorce protectrice.

A voir absolument et dès que possible !

TÊTE EN FRICHE 
Réalisateur : Jean Becker 
D'après l'oeuvre originale de Marie-Sabine Roger 
Scénario : Jean Becker, Pascal Thomas, Jean-Loup Dabadie, Jacques Courcelles. 
Dialogues : Jean-Loup Dabadie

Disponible sur www.netflix.com
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About Karine Dessale

Fondatrice de LCV Magazine en 2009, la journaliste Karine Dessale a toujours souhaité qu'il soit un "média papier en ligne", et la nuance veut tout dire. A savoir, un concept revendiqué de pages à manipuler comme nous le ferions avec un journal traditionnel, puis que nous laisserions traîner sur la table du salon, avant de nous y replonger un peu plus tard... Le meilleur compliment s'agissant de LCV ? Le laisser ouvert sur le bureau de son Mac ou de son PC, avec la B-O en fond sonore, qui s'écoule tranquillement...
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