Le beau du confinement, selon Antoine Duléry, c’est qu’on se retrouve

Acteur et réalisateur, Antoine Duléry s’exprime sur son confinement depuis deux semaines et se confie sur cette nouvelle vie. À 60 ans, il a toujours des choses à faire et n’a pas le temps de s’ennuyer. Entre livres, films et écriture, ses journées défilent mais sont bien remplies, il l’assure.

Journal d'un confiné, par Julien Naye

Instagram : juliennaye75

LCV Magazine : Quel a été votre ressenti lors de l’annonce du Président ?

Antoine Duléry : Pour ne rien cacher, évidemment je m’y attendais puisque moi j’étais en train de tourner un film avec Gérard Depardieu et plein de personnes âgées. Le film se passe dans une maison de retraite avec Kev Adams et donc je supposais que le tournage allait s’arrêter car avec des personnes âgées c’était très dangereux. Mais tout s’est interrompu donc quand il y a eu l’annonce je n’ai pas été étonné car je savais que cela allait arriver forcément. Alors après combien de temps ça va durer on en est tous là. Mais effectivement c’était impressionnant son discours. Il a répété six fois le mot « guerre », un truc que je n’aurais jamais pensé, imaginé. Je viens d’avoir 60 ans mais je me dis putain jamais je n’aurais imaginé vivre ça avec mes enfants en 2020, c’est un truc de dingue j’ai l’impression d’être dans un scénario de film catastrophe, j’ai l’impression d’être dans un film de Tom Cruise.

LCV Magazine : Quelles ont été vos décisions suite à l’annonce ? Est-ce que vous avez décidé de partir comme la plupart des gens ou bien de rester ?

Antoine Duléry : J’ai failli partir, j’ai une maison en Bretagne, un moment donné ça m’a traversé l’esprit mais bon avec mes deux enfants je pensais que c’était quand même plus cool qu’ils soient avec leurs affaires, qu’ils puissent continuer à travailler parce que j’ai un de mes fils qui est en Première, qui à 16 ans. Et puis, je trouve qu’amener sur une île, parce que ma maison est sur l’île-de-Bréhat, éventuellement le Coronavirus chez des gens qui ne l’ont pas encore je ne trouve pas ça très civique. Donc j’ai préféré vraiment écouter les décisions du Président et de rester chez moi confiné donc j’ai été tout à fait civique. Mais un moment donné j’ai failli y aller mais je me suis dit « non c’est pas bien » surtout que c’était très mal vu par les gens de l’île que tous les bobos parisiens arrivent chez des gens qui vivent là-bas toute l’année. C’est pas des vacances, on est pas en vacances donc je reste chez moi et j’écoute le gouvernement.

LCV Magazine : D’ailleurs, vous en pensez quoi des parisiens, des habitants des grandes villes qui sont partis à la campagne ?

Antoine Duléry : On ne peut pas leur en vouloir. C’est vraiment qu’à partir du moment où on a une maison là-bas on préfère y aller, moi je l’ai presque fait. Mais c’est un peu dangereux de vouloir y aller, ils prennent le risque, ce n’est pas très civique dans le sens où ils peuvent amener le coronavirus dans des endroits qui ne l’ont pas, des endroits retirés où le coronavirus n’est pas encore arrivé, où ils peuvent le transmettre à des personnes âgées qui risquent d’y passer. Donc je ne trouve pas ça très civique.

LCV Magazine : Vous avez parlé de ce film avec Depardieu que vous avez été contraint d’arrêter. Il y a-t-il eu d’autres projets annulés ou reportés ?

Antoine Duléry : Oui j’étais en plein film que je devais tourner le lundi et effectivement j’ai appris qu’il était reporté comme tous les tournages en cours, d’ailleurs. Donc j’avais ce projet là pour le cinéma, et un autre film pour la télé, mais également avec Claude Lelouch : tout a été reporté, donc voilà, je suis comme tout le monde. Il n’y a qu’une chose que je continue à faire ce sont « Les Grosses Têtes » avec Laurent Ruquier, dont l’émission se poursuit mais évidemment l’émission est sans public mais je continue de la faire. Évidemment on se lave les mains, on fait vraiment gaffe mais on continue certes. La seule chose que je fais évidemment sinon je reste confiné chez moi et je fais pleins de choses.

LCV Magazine : Et donc, c’est quoi désormais votre journée type ?

Antoine Duléry : Ce matin je me suis réveillé pas trop tard, un peu plus tard que d’habitude parce que c’est samedi. Mais j’écris trois quatre heures sur mon livre. J’écris un livre qui retrace le parcours de tout ce que j’ai vécu dans ma vie d’acteur, et je suis en train de l’écrire et même de le terminer car cela fait très longtemps que je l’avais commencé. Ensuite, je vais s’il le faut, évidemment je sors on a le droit de sortir une heure mais je déconne pas je fais les courses, je fais le tour du pâté de maison et je reviens, faire un petit peu de jogging. Je regarde un film, je relis la Peste de Camus et effectivement on est en plein dedans. Et après je me remets à mon livre en général le soir. Donc c’est vraiment une journée type mais évidemment on fait à manger pour les enfants etc. Donc finalement je trouve que les journées passent extrêmement rapidement. Mais j’ai tellement de livres à lire, tellement de films à regarder et mon livre à terminer que je n’ai pas une minute à moi. Je ne m’ennuie jamais, j’ai cette chance. Comme disait Karl Lagerfeld « il y a tellement de choses à faire dans une vie que c’est compliqué de s’ennuyer ». Moi je sais qu’il y a des gens qui s’ennuient mais moi non, j’ai cette chance là, tout m’intéresse, les livres, les bande-dessinées, les radios, les films, l’écriture, des scénarios que je dois lire aussi, des pièces qu’on m’envoie. C’est hallucinant ! J’ai la chance d’avoir un petit jardin donc je peux profiter du soleil donc je ne suis pas à plaindre. Effectivement quand tu es entassé comme beaucoup de gens dans un appartement… Moi je n’ai pas un château loin de là mais il y a une petite pièce dehors où je peux prendre l’air. Donc pour le reste il suffit de s’occuper, je suis curieux de tout donc je ne m’ennuie jamais mais j’ai beaucoup de chance parce qu’on est pas au front comme tous ces aides-soignants qui en chient. C’est vrai que j’ai la chance de ne jamais m’ennuyer et d’avoir un endroit agréable où je peux vivre donc je ne suis pas à plaindre. Ceux qui sont le plus à plaindre c’est les vieilles personnes, ceux qui meurent dans les EHPAD et surtout ces gens, les aides-soignants qui sont admirables et qu’on applaudit tous les soirs.

LCV Magazine : Qu’allez-vous retenir de cette crise ? Pensez-vous que la mentalité va changer ?

Antoine Duléry : J’ai peur qu’elle ne change que peu de temps mais j’espère qu’elle va changer. Comme disait Claude Lellouche hier, j’espère vraiment que les gens vont être différent à la sortie. Je pense qu’ils vont être différents après malheureusement souvent le mauvais reprend le dessus et j’ai peur qu’on oublie tout ça très vite. Mais j’espère que les gens vont devenir moins « sur eux », moins « la course à l’argent », qu’on va se concentrer plus sur les choses réelles qui est important dans notre vie. Le beau du confinement c’est qu’on se retrouve, on se rassemble en famille, on partage des choses, on est dans le vrai des choses. On est pas dans une course d’une passion absolue pour beaucoup de gens qui est de combler leur temps, dès qu’ils sont pas occupés ils flippent et ils ont pas l’impression d’exister. Remplir son agenda pour le remplir ça n’a aucun intérêt. Je pense qu’il y aura beaucoup de livres et de pièces de théâtre, de films qui vont être tournés et qui parleront du confinement.

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