Le Seven Stars : le luxe zen

Souvent le Japon rime avec vitesse, on imagine la population au prise dans une course éperdue contre la montre, contre le temps, contre un climat capricieux, ou un sous-sol mouvementé, contre des vents terrifiants, ou une mer cannibale, contre une géographie à la fois séduisante et hostile. Civilisation de l’extrême raffinement au bord d’un gouffre permanent. Depuis la Vieille Europe, on observe cette population frénétique, tourbillonnante, grisée de sa propre alacrité. Mais sortie de l’axe Osaka-Kyoto-Tokyo, c’est un tout autre pays que vous découvrez. Ainsi Kyushu…

Si Kyushu est l’île la plus méridionale des grandes régions japonaises elle est aussi la plus méconnue. Elle possède un charme à nul autre pareil : celui de la douceur de vivre. Il y règne une atmosphère apaisée, calme et délicieusement naturelle, loin des éclats de Tokyo ou de la « zenitude » très stylisée de Kyoto.  Aussi afin de séduire le public japonais et international, la Kyushu Railway Company a décidé de créer un train touristique et luxueux, qui parcourrait l’île pour en traverser et explorer les merveilles : le Seven Stars.

Le voyage démarre dans le confortable salon privé de la gare de Fukuoka, la première ville de l’île. Comme pour l’Orient-Express, on vous accueille avec une componction toute coloniale, en vous servant thé ou cocktails de fruits. Puis vient la découverte du train, réplique moderne et très confortable des express de la grande époque. Cette longue chenille de couleur prune s’étire sur le quai avec élégance. À l’intérieur, tout est en bois. Si vous disposez d’une suite traditionnelle, vous entrez dans un charmant petit cabinet d’acajou qui n’est pas sans rappeler le fumoir d’un club anglais. Amples fauteuils (convertibles en lits), bureau, nombreux rangements, rideaux, abat-jour… le tout dans des tons automnaux de terre et d’écorce. Les salles de bains sont en soi des tours de force : faire tenir ces vastes douches dans des espaces si confinés est assez étonnant. Les plus chanceux pourront choisir une des deux suites de luxe, qui occupent la dernière voiture. On y trouve de véritables chambres, jouxtées de salon. La plus grande étant agrémentée d’une immense baie vitrée donnant sur la voie, en queue de train. La sensation est saisissante !

Au restaurant, un dress code assez strict est de mise (tee-shirts, shorts et baskets sont prohibés). Le front appuyé à la vitre, traversant des grandes forêts humides, on déguste une nourriture sophistiquée et  dépaysante : salade d’okyoto, l’inévitable tofu,  des filets de mulet, de la langouste saupoudrée de poutargue et de caviar et aussi le mythique fugu (fameux poisson qu’on dit interdit à l’empereur car une préparation hasardeuse peut le rendre mortel). Pour prolonger la soirée, le Blue Moon Bar, où une pianiste et un violoniste joueront quelques vieux standards de la chanson occidentale dans une atmosphère tout simplement cosy. Bercé par le rythme doux de ce train qui ne dépasse pas les 80 kilomètres à l’heure la nuit s’annonce sous les meilleurs auspices. Mais si le Seven Stars en une attraction en soi, il permet surtout de plonger dans les trésors de l’île de Kyushu, chaque halte donnant lieu à une visite organisée.

Nagasaki se révèle être un joli port de pêche qui longtemps fut la porte du Japon vers le lointain Occident.  Puis, le train s’enfonce dans les profondeurs de l’île. Véritable éden de sève, la forêt est ici épaisse sans être une jungle. Dense, elle ne possède rien d’agressif. En arrivant au mont Aso, la forêt se fait rare. Les collines vertes et pelées, ces cuvettes de verdures et de lichen, ces chevaux qui paissent, perdus dans la brume.

Puis, dominant la ville de Kagoshima, le Sakurajima, impressionnant volcan (l’un des plus actifs du monde), qui rappelle le Vésuve. On ne peut retenir un sentiment d’inquiétude et d’excitation devant ce géant couché, qui crache une fumée grise à intervalles réguliers.  Les habitants de la ville vous montrent même avec une fierté ironique les kilos de cendres qui sont chaque jour récoltés dans les rues de la ville, comme on cueillerait des fleurs aux champs ! Au Japon, la poésie est toujours soeur du cataclysme.

Carole Schmitz

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