Pascal Bruckner, ou le cadeau de la longévité

Conférence Sara Yalda

Pascal Bruckner était au Théâtre Marigny, lundi 18 novembre

Depuis 1950, l’espérance de vie a augmenté de 20 à 30 ans. Que faire de ce cadeau ambigu ? S’agit-il seulement de vivre plus longtemps ou plus intensément ? Qu’en est-il du remariage, d’une nouvelle carrière ? Comment éviter la fatigue d’être, la mélancolie des crépuscules… A l’occasion de la conférence organisée par Sara Yalda au Théâtre Marigny lundi prochain, nous avons échangé avec Pascal Bruckner sur le sujet de sa philosophie de la longévité. Il s’oppose à toute théorie fondée sur une hypothétique résignation, qui découlerait de l’âge avançant, et demeure résolument optimiste, malgré le contexte d’une actualité souvent déprimante.

 

LCV Magazine : Qu’entendez-vous, en substance, par une philosophie de la longévité fondée sur non-résignation des êtres, concept convainquant évoqué au sein de votre dernier ouvrage ? 

Pascal Bruckner : J’attaque la résignation, je m’élève contre le lieu commun qui assimile la vieillesse ou l’âge comme une résignation, et je pense que ce n’est plus du tout valable aujourd’hui, dans la mesure où l’on a gagné 20 ou 30 années d’espérance de vie en plus, et que la vieiilesse n’est pas du tout synonyme d’apathie ou d’inactivité.

 

LCV : Se résigner, selon vous, impliquerait abandonner les quêtes de sa jeunesse ?

PB : Oui abandonner l’ordre du désir, se ranger sur des bas-côtés de la vie, ne plus avoir d’activité amoureuse, professionnelle , être un retraité de l’existence, ce qui pour moi serait le plus triste. Alors que l’on peut persévérer dans une activité, continuer et ne pas s’arrêter ou alors chosir une nouvelle voie, cela dépend un peu de chacun, donc l’option reste ouverte, les deux sont possible. On peut aussi continuer, et bifurquer sur autre chose, mais croire que la vie s’arrête après la retraite ou ralentit après 60 ans, c’est une erreur complète à mon avis. On continue dans les voies choisies donc il n’y a pas du tout de renoncement contrairement à nos parents et grands-parents qui entraient dans le costume de la vieillesse dès l’âge de 50 ans. Ils se rangeaient aux conventions alors qu’aujourd’hui, il me semble que les gens ont la possibilité de prolonger encore de 10 ou 20 ans les plaisirs de l’existence qu’ils soient professionnels, personnels, ou autres

 

LCV : Qu’est-ce qui a fondamentalement changé dans votre perception du monde depuis votre jeunesse, en tant que philosophe ? 

PB : Je voyais l’âge comme étant une abomination, et au fur et à mesure que je suis entré dedans et je me suis rendu compte qu’il y avait évidemment des côtés désagréables, notamment en ce qui concerne la santé ou le corps, mais qu’en même temps, rien avait vraiment changé. Peut être qu’il y avait moins de possibles mais beaucoup de choses étaient permises, qui ne l’étaient pas avant. C’est cela qui a changé ma perception, c’est à dire que je suis devenu celui que je redoutais être et finalement ce n’était pas si terrible que cela ! (Ndlr : sourire) La vie reste possible, on arrive à l’âge que l’on redoutait et l’on s’aperçoit que cette crainte était peut être inutile. Que beaucoup de choses restent à faire, malgré l’âge que l’on a atteint. Avec en général les dizaines qui sont assez marquantes, mais l’on s’en remet, puis la vie repart, l’essentiel étant de garder la santé et une certaine force.

 

LCV : Quelles seraient vos recommandations auprès des jeunes pour ces années « bonus » qu’ils auront à vivre ?

PB : Ils n’en sont pas là, qu’ils pensent à bien vivre et ils auront tout le temps de s’inquiéter pour plus tard. Pas la peine de s’angoisser à l’avance. On est responsable de sa propre vie sauf si on a eu un grand malheur donc chacun fait ce qu’il peut. A chacun de voir si on a assez de force on peut y arriver

 

LCV : Cela malgré l’évolution de la société actuelle, et la sur-sollicitation digitale qui pollue souvent leurs esprits ? 

PB : De mon point de vue pas plus qu’à mon époque, la jeunesse est tellement gatée aujourd’hui, globalement les jeunes ne vivent pas si mal. Non, il n’y a a pas forcément de tourbillon technologique. A chacun de résister aux injonctions, les jeunes ne sont pas forcément dans la folie technologique. Ils en sont peut être les victimes, mais aussi les complices absolus, y compris ceux qui prétendent la critiquer. Même Greta grunberg est à fond sur Facebook, et sur ces technologies qui polluent la planète

 

LCV : Vous semblez demeurer résolument optimiste ?

PB : Je dirais plutôt dynamique de la vie, et sans amertume en tout cas , même si on sait que la tragédie arrive un jour. Il faut être combattif et ne pas se résigner, après, chacun a son propre destin et là-dessus je n’ai pas de conseil à donner. Mais il ne faut pas céder aux sirènes du découragement.

 

Propos recueillis par Karine Dessale

Pascal Bruckner

Lundi 18 novembre 2019

19:30

Théâtre Marigny

Philosophie de la longévité

Tarif plein : 23€ / Tarif – de 26 ans : 10€

​Photo © Benjamin Bocca

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