Pierre Ouzoulias, un sénateur féministe pour la médiation citoyenne

A l’occasion de la Journée internationale de la femme 2019, nous avons interviewé le Sénateur Pierre Ouzoulias, Vice-Président de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, et de la commission des affaires européennes, Membre de l’ office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste. 

L’occasion idéale pour nous de sortir des champs battus, et donner ainsi la parole à une voix politique que l’on entend moins dans nos colonnes, parce que l’échange de pensées libres constitue à notre sens, au sein de nos démocraties, l’un des derniers bastions d’une humanité en bonne santé, donc en mouvement, et toujours animée par l’opposition des idées…

LCV Magazine : Monsieur Ouzoulias, il me semble que vous revendiquez une sensibilité profonde à la cause des femmes : d’où vient cet intérêt non dissimulé ?

Monsieur le Sénateur Pierre Ouzoulias : D’une aversion profonde pour toutes les formes de la domination et de la certitude que l’émancipation humaine se fera en les combattant. Le rapport de domination qui place les femmes dans la sujétion des hommes, souvent appelé patriarcat, reste aujourd’hui universel et constitue l’une des principales résistances à l’universalité des droits humains. Le patriarcat est d’autant plus difficile à abolir qu’il s’articule avec d’autres formes de domination qui s’exercent avec force dans les domaines de l’économie, de la politique, de la morale, de la religion ou de la procréation.

LCV : Vous évoquiez lors de notre échange, il y a quelques jours, que les femmes avaient la capacité de sauver la démocratie ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Pierre Ouzoulias : Dans l’instance politique, être féministe c’est considérer que les femmes, constituant la moitié du corps civique, doivent bénéficier des mêmes droits que les hommes. La lutte pour cette égalité des droits est alors un facteur de renforcement de la République en tant que système politique qui fait interagir les citoyennes et les citoyens sans autre forme d’intercession que celles qu’ils et qu’elles se donnent. À ce titre, le patriarcat est aussi une forme de communautarisme.

Le Sénat, Palais du Luxembourg
Grand escalier du Sénat, Palais du Luxembourg, le 28 février 2019, KD – all rights reserved.

LCV : Dans quelle mesure le mode de scrutin peut-il influer sur la représentativité des femmes au Parlement ? 

Pierre Ouzoulias : Le groupe CRCÉ, auquel j’appartiens au Sénat, est dirigé par une femme, Éliane Assassi, et composé majoritairement de femmes : neuf Sénatrices pour sept Sénateurs. C’est le seul groupe du Parlement français à faire une si grande place aux femmes et j’en tire une grande fierté ! L’instauration du scrutin de liste, à parité, dans les départements comptant au moins trois sénateurs, a quelque peu favorisé l’entrée de femmes au Sénat. Néanmoins, leur nombre reste trop faible (31,8 %). La diminution du nombre de sénateurs voulu par le Gouvernement (peut-être 248 au lieu de 348) va réduire considérablement la part du scrutin proportionnel et il est à craindre que la place relative des Sénatrices baisse de nouveau.

LCV : On reproche souvent la systémie à la « Journée des femmes », comme aux autres quotas anglo-saxons, qui protègent pourtant de certaines discriminations ? Comment procéder selon vous, ici en France, alors que l’on semble assister à une marche arrière généralisée et mondiale, en matière de droits individuels ?

Pierre Ouzoulias : Je partage votre analyse et j’observe, comme vous, un recul des droits humains et plus généralement un reflux des idées humanistes et universalistes et, à l’inverse, une sujétion plus forte des individus à leurs conditions sociales, économiques, communautaristes ou de genre. J’en tire la leçon que le combat pour la libération n’est jamais achevé. Les Gouvernements ne sont pas désarmés pour y faire face. Les pays du Nord de l’Europe, s’agissant du droit des femmes, ont montré que les États pouvaient imposer aux entreprises l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Le Gouvernement français n’a pas d’ambition dans ce domaine et continue de penser par naïveté ou lâcheté que cette égalité s’imposera d’elle-même au sein des entreprises.

LCV : Je suppose qu’être parlementaire oblige à l’optimisme ? Quelle est votre recette pour continuer à vous battre pour vos idéaux ?

Pierre Ouzoulias : Le moment n’est pas réjouissant et le Sénateur que je suis se sent broyé entre un Gouvernement qui tente de réduire les droits du Parlement et méprise ouvertement la haute-assemblée, d’une part, et, d’autre part, un mouvement populaire qui doute légitimement du bon fonctionnement de la démocratie représentative. Malgré tout, je tente d’exercer mon mandat sans oublier mes convictions politiques et philosophiques, ancrées dans une histoire familiale qui reste pour moi une référence, et en essayant d’assurer pleinement un rôle de médiateur entre les citoyennes, les citoyens et la représentation nationale. Fidèle à mes origines paysannes, je fais mien cet aphorisme corrézien : « pour labourer droit, ce n’est pas le soc de la charrue qu’il faut regarder, mais le bout du champ ! ».

Propos recueillis par Karine Dessale

Photo de Maxime Lherbat, prise au Sénat le 28/02/19, tous droits réservés.

 

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About Karine Dessale

Fondatrice de LCV Magazine en 2009, la journaliste Karine Dessale a toujours souhaité qu'il soit un "média papier en ligne", et la nuance veut tout dire. A savoir, un concept revendiqué de pages à manipuler comme nous le ferions avec un journal traditionnel, puis que nous laisserions traîner sur la table du salon, avant de nous y replonger un peu plus tard... Le meilleur compliment s'agissant de LCV ? Le laisser ouvert sur le bureau de son Mac ou de son PC, avec la B-O en fond sonore, qui s'écoule tranquillement...
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