La cohabitation intergénérationnelle, projet de société

Tribune de Marc Raynaud,
Président de l’observatoire du management intergénérationnel

Quand beaucoup peinent à équilibrer leur budget, et demandent encore plus à un Etat de plus en plus endetté, il convient d’encourager les solutions qui favorisent un partage intelligent des ressources existantes.

Identifier les gisements d’optimisation

Les plateformes numériques ont déjà favorisé le développement de solutions de covoiturage et d’hébergement économique pour mieux utiliser les espaces partiellement inoccupés. Merci Airbnb ! Un immense gisement d’optimisation reste encore à exploiter pour limiter la consommation collective tout en augmentant les usages des personnes. Ces nouveaux dispositifs ont permis aux plus jeunes de voyager davantage que leurs aînés qui, à leur tour, profitent  de ces solutions économiques. L’intérêt des plus jeunes pour les nouveaux usages a défriché le chemin pour les autres générations. Avec des applications innovantes, les coûts sont répartis sur un plus grand nombre et les liens entre générations se développent.

D’autres solutions progressent aussi sans l’aide du numérique, dans le domaine du logement intergénérationnel par exemple. L’augmentation simultanée du nombre d’étudiants et des personnes âgées invite à encourager ce système de partage et d’échange. En effet, partager son logement avec une personne plus jeune, 46 % des seniors l’envisagent (1) mais seulement 5 % le font. Aujourd’hui plus de cinq mille étudiants profitent de cette opportunité en France, stimulée par la récente Loi Elan.

Les atouts méconnus de la cohabitation intergénérationnelle

Pour lever les freins, liés à tout changement, il est bon de rappeler les nombreux atouts de la colocation intergénérationnelle. Dans une société où les aînés sont trop souvent maintenus à distance des jeunes, dans des espaces sociaux distincts, la colocation intergénérationnelle permet de ré-apprendre à tisser des liens entre les générations.  Les aînés apprécient de côtoyer les plus jeunes dans des lieux de vie innovants combinant espaces privatifs et collectifs. Pour les plus jeunes, « habiter au troisième âge » (2) leur permet d’économiser sur le logement, d’accéder plus rapidement à l’autonomie, voire d’épargner et d’évoluer plus rapidement.

Les bénéfices vont donc bien au-delà du domaine économique. Maintenir le lien social, rompre la solitude et l’isolement, favorise le « vivre ensemble » tant espéré des anciens parfois ghettoïsés. L’entraide entre générations renforce le dialogue, le partage et la transmission des savoir-faire. La valorisation des connaissances transmises et des histoires de vie des anciens renforce l’efficacité des plus jeunes et apporte de la reconnaissance aux plus expérimentés. Ces bénéfices sont aussi sources de tendresse et d’affection réciproques.

Les défis culturels à relever

Faire cohabiter des générations différentes nécessite une sensibilité et une ouverture aux différences de culture. Le rapport au temps n’est pas le même entre une personne âgée, seule et qui attend, et un jeune actif. Les heures de lever et de repas ne sont pas les mêmes. La vie ensemble peut appeler une modification des habitudes de chacun.

Les différences de langage et la manière de l’utiliser peuvent aussi révéler des surprises et nécessiter des ajustements. Il y a les bavards et les autres, ceux qui ont de la répartie et ceux qui en manquent etc. C’est au contact de l’autre qu’on découvre ses propres limites et que l’on parvient à les dépasser. Cette interaction permet de grandir à tout âge.

Les différents rapports à l’espace sont également à prendre en compte dans l’adaptation mutuelle. Pour l’aîné, la grande sortie peut s’appeler le tour du jardin. Pour le jeune colocataire, accrocher ses propres affiches et ses cadres peut amener à déplacer des photos et des souvenirs ancestraux. Du tact est nécessaire.

Les pièges à éviter dans le respect des valeurs

Le volontariat et l’envie partagés sont des pré-requis absolus. Inutile d’imposer un jeune et une présence obligée à une personne âgée qui n’en veut pas. D’abord préparer le terrain en présentant les avantages décrits ici. Une colocation intergénérationnelle réussie fonctionnera d’autant mieux que les apports mutuels seront identifiés et reconnus. Nous recommandons de faire expliciter les besoins et les attentes de chacun afin de trouver un accord basé sur des engagements de services réciproques.  Avec cette charte, le jeune colocataire évitera d’être confondu avec une personne de compagnie ou un garde-malade. Il ne se substituera pas non plus aux services à la personne.

Le partage d’un même espace de vie exige que chacun fasse un pas vers l’autre pour trouver un mode de fonctionnement différent et accepté par les deux parties.

Pour une relation intergénérationnelle fructueuse, rien de tel que de s’intéresser à l’histoire de l’autre. Savoir faire preuve de curiosité est l’une des compétences clés de l’interculturel. Cette curiosité n’exclut pas la discrétion nécessaire pour respecter l’intimité de chacun.

La tolérance aux différences et la solidarité sont deux autres valeurs essentielles pour tirer le meilleur parti de la cohabitation. En les respectant, les aînés trouvent alors dans ce partage un complément de revenu et la possibilité de rester plus longtemps à leur domicilie. Ils gagnent aussi en agilité et en dynamisme avec un sentiment de bien-être et d’utilité accru. Pour les deux membres du binôme, ce sentiment d’utilité valorise leur rôle d’acteur et de citoyen.

La cohabitation intergénérationnelle crée beaucoup de valeur, un beau projet de société en somme !

Marc Raynaud – Partner
InterGenerationnel
15 rue du Louvre –  75001 Paris
+ 33 (0)6 66 31 31  24

(1) « Les seniors et l’habitat » Sondage IPSOS pour Pleine Vie

(2) « J’habite au troisième âge », bande dessinée de Mathurin, Lemieux Editeur

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About Karine Dessale

Fondatrice de LCV Magazine en 2009, la journaliste Karine Dessale a toujours souhaité qu'il soit un "média papier en ligne", et la nuance veut tout dire. A savoir, un concept revendiqué de pages à manipuler comme nous le ferions avec un journal traditionnel, puis que nous laisserions traîner sur la table du salon, avant de nous y replonger un peu plus tard... Le meilleur compliment s'agissant de LCV ? Le laisser ouvert sur le bureau de son Mac ou de son PC, avec la B-O en fond sonore, qui s'écoule tranquillement...
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