C’était bien, chez Waknine

La critique de Jacques Rosselin

C’était bien chez Waknine, d’ailleurs on y retournera…

Et si les critiques « gastronomiques », les journalistes spécialisés dans l’appréciation des restaurants, s’essayaient à la transparence ? Voire à l’honnêteté ? Ne vous fâchez pas amis journalistes ! Et poursuivez votre lecture… Loin de moi l’idée de vous faire du tort, je serais du reste bien mal placé pour le faire puisque je dirige une école qui forme vos futurs confrères. Mais la restauration est sans doute un des domaines où les défauts que l’on attribue à cette profession s’expriment de la manière la plus flagrante : corruption, copinage, mélange des genres, manque de rigueur, paresse… les chroniqueurs des rubriques consacrées aux bistrots sont par définition suspects. Régalés, arrosés, soignés aux petits oignons, ils sont tentés de complaisance, ou de « renvoyer l’ascenseur » comme on dit vulgairement… C’est évidemment le soupçon qui va peser sur moi quand j’aurais fini de dire tout le bien que je pense de cette adresse. Et pourtant…

Le Waknine Paris

Soyons transparents, donc. Oui, Samuel Waknine, patron du restaurant éponyme situé au 9 rue Pierre 1er de Serbie, en face du musée Galliera, nous a gentiment invités à sa table, ma femme et moi, un beau soir du mois de juin. C’est vrai. Et j’y ai passé une soirée délicieuse, c’est vrai aussi.

D’abord parce que l’assiette est bonne, fraîche, simple, à la hauteur des produits (le homard à prix raisonnable ! Quel calamar ! Et quel carpaccio de poulpe !) qui sont mis en valeur par une cuisine délicate mais sans manières. Ensuite parce que l’équipe et son patron sont agréables, diligents et attentionnés, des qualités rares dans les restaurants de ce quartier ramenard du « triangle d’or ». Enfin parce que le lieu est étonnant. Une salle vaste et confortable, décorée avec goût, des tables suffisamment espacées pour être tranquilles où l’on peut s’installer sur un fauteuil ou sur un sofa et une terrasse superbe et plutôt calme, rare et appréciable à Paris, qui est un atout majeur du lieu aux beaux jours.

Waknine, Homard Paris

Depuis une vingtaine d’années qu’il est à la manœuvre, Samuel Waknine a installé une ambiance étonnante. Sans doute parce qu’il a conçu son restaurant « comme chez lui » et qu’il traite ses clients plus comme des convives, avec chaleur et tact. L’adresse convient donc aussi bien au dîner en amoureux qu’à un déjeuner de travail ou une soirée entre amis. Personnalités de la politique (de tous bords), des médias ou de l’entreprises s’y côtoient et s’y mélangent sans façons, aux côtés des visiteurs de « la colline des musées ». Sylvie Vartan que l’on y aperçoit parfois, a donné son nom à une mousse au citron épatante dont je vous dirai deux mots. Quelques habitués du quartier contribuent à cette atmosphère chic et décontractée où l’on découvre qu’un voisin de table parisien sait être courtois, discret et même généreux : ainsi nous avons pu finir le dîner sur cette agréable terrasse avec la table voisine qui souhaitait partager sa bouteille de Margaux avec nous ! Et deux dames qui finissaient leur dessert en terrasse ont même eu l’amabilité de nous faire de la place en se déplaçant pour que nous puissions nous asseoir ensemble. Vous qui passez votre temps au restaurant à Paris comprenez qu’un restaurant où le personnel et les clients semblent être de mèche pour que vous passiez une soirée agréable a quelque chose d’exceptionnel. C’est cela aussi qui fait la qualité de Waknine, un restaurant où l’on est content d’être là, tout simplement.

Mais l’ambiance ne serait pas la même sans la qualité de l’assiette. En cette belle soirée d’été, je souhaitais bien dîner tout en restant léger. Mon choix s’est naturellement porté sur un délicieux carpaccio de poulpe (14 euros), un beau calamar grillé, parfaitement cuit, tendre donc, et agrémentée d’une huile d’olive de concours et de petits légumes cuit à la perfection (27 euros). Ma délicieuse épouse a choisi le délicieux homard grillé servi avec des linguine et une sauce légère à la fois douce et acidulée, le tout cuit à point, un vrai régal. Enfin, malgré ma méfiance pour les sucreries, j’ai craqué pour l’incontournable mousse au citron Sylvie Vartan, un dessert original et léger comme un souffle (10 euros). Nous avons arrosé tout ça sans trop faire attention : la superbe cave est raisonnable (un Margaux de très bonne facture était proposé à 49 euros ce soir-là) et les vins du mois sont proposés au pichet ou verre, une habitude qu’on devrait retrouver plus souvent dans les bistrots parisiens. On s’en sort pour 70 à 80 euros par tête si l’on veut se faire plaisir, un bon rapport qualité prix pour une bonne table ou un « bistrot chic » de la capitale.

Alors oui, c’est vrai, j’ai été invité par Samuel Waknine qui, sachant que je préparais un article, a pris un peu de temps pour me parler de l’époque où il livrait des plats préparés et des salades de qualité aux clientes du salon de coiffure en face, pour qu’elles puissent grignoter tout en papotant, en attendant que leur teinture soit prête. Il s’est confié simplement, sans prétention, sans lassitude, avec l’émotion sincère de l’entrepreneur qui évoque ses débuts. J’y retournerai sûrement avant longtemps pour passer une soirée entre amis. Certains des miens connaissaient d’ailleurs l’adresse depuis longtemps et se sont étonnés que nous n’ayons pas eu cette idée plus tôt. Waknine ne perd rien pour attendre, il le sait bien…

Crédits Photos Charlie Caillard

Informations Pratiques :

WAKNINE
Restaurant, Bar
Tel:  +331 47 23 48 18

9 Avenue Pierre 1er de Serbie, 75116 Paris

https://www.waknine.fr

 

 

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