La Femme à la balance

Éclairée bien sûr par la gauche du tableau, habillée bien sûr de jaune et de bleu, pèse-t-elle des perles ou de l’or dans sa délicate balance aux plateaux vides ?

Mais peut-être ne pèse-t-elle rien… Peut-être pèse-t-elle le temps, l’espace, la méditation, l’intimité…

Peut-être pèse-t-elle, comme je l’ai lu je ne me souviens où, son âme. Tableau dans le tableau, le Jugement dernier, accroché au mur derrière elle, peut justifier cette thèse…

Mais l’essentiel n’est pas là.

L’essentiel est dans la Lumière qui, venue d’une fenêtre haute, filtre derriere le long rideau jaune, accroche un peu le mur, descend sur elle et, alors que pudique et voilée de blanc comme une sainte elle a baissé les paupières, illumine une grossesse juste entraperçue.

C’est tout Vermeer qui murmure dans la retenue de cette jeune femme immobile, suspendue dans l’émotion, portant en elle un enfant de Lumière. Et notre œil, une fois posé sur cet œuf cosmique, cet arc orangé, illuminant, ne peut plus le quitter.

Il ne peut s’agir que d’une grossesse miraculeuse. Quel fœtus doré, quel nouveau monde abrite-t-elle ? A-t-elle été fécondée par le Soleil ? Son ventre est-il d’or ? Le tableau va-t-il prendre feu ? Surnaturelle, elle garde son mystère…

Quelle se trouve dans l’atelier du Maître de Delft, au Louvre à Paris ou à la National Gallery of Art à Washington, depuis 1663 les réponses à nos questions sont dans son éternité, toute son éternité de 42,5 sur 38 cm, qui coule à jamais pour que nous puissions admirer la Pureté.

Le Sanglier

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